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04/09/20
Article

6 French League : Le Petit Nicolas

Il est l’une des plus belles promesses d’avenir du Rainbow Six français, sans pour autant avoir atteint par une prise de boulard. Lumière sur le leader charismatique des Tempra, promis à un époustouflant futur.

6 French League : Le Petit Nicolas

Dans un monde de l’esport encore florissant où tout reste à mettre en place, difficile est la tâche pour certains joueurs professionnels de prendre la mesure de leur aura. Encore plus quand ces derniers sont très humbles, et très jeunes. Pourtant, dans une industrie davantage mature, développée et démocratisée, comme le Football, le parcours de Nicolas Rimbaud aurait à coup sûr déjà traversé les frontières du gaming pour toucher amplement la France de toutes les cultures.

Parce qu’il est incroyable ? Oui. Parce qu’il prouve que la jeunesse a du bon ? Aussi. Parce qu’on aime voir quelque chose éclore et devenir beau ? Même feeling. Mais surtout parce que les artistes ont toujours fait rêver les autres. Et qu’à tous les coups, P4 risque bien de partager à l’avenir davantage de classiques avec le peuple, que ne l’a fait son homonyme Arthur, célèbre poète de notre patrimoine.

Loin des poèmes et plus en phase avec son époque, son histoire, c’est du côté de Rainbow Six que Nicolas, pur produit du Loiret, s’est mis à l’écrire. Même si son métier de base n’aurait jamais dû ressembler à celui de compétiteur dans le monde du sport électronique. Non, ce qui attendait celui qui préparait un Bac Pro Cuisine, c’était des saisons. Des contrats souvent rattachés aux endroits touristiques, où les missions sont temporaires, où l’on travaille très dur, sans pour autant obtenir une garantie d’emploi stable dans le temps. Une perspective qui attirait néanmoins le joueur passé par toutes les plateformes — PS4, XBox et PC — sur le titre qui va finalement faire sa gloire.

À choisir, entre préparer des sauces pour qu’elles soient consommées par les vacanciers, ou pour y placer des adversaires, P4 a rapidement fait un choix. Adoubé par des parents compréhensifs qui vont le laisser prendre une année pour se consacrer pleinement au jeu, P4 se construit rapidement une réputation. À l’époque, il ne le sait pas encore, mais son début de vie professionnelle s’annonce radieux. Car aujourd’hui, sa vie, c’est celle dont rêvent des milliers de gamins qui espèrent pouvoir pratiquer une passion de joueur tout en pouvant gagner honnêtement sa vie.

La présence d’un père impliqué dans le monde du sport a beaucoup aidé. C’est une certitude. Surtout au moment de dispatcher de précieux conseils — croire en soi, avoir un bon rythme, s’alimenter correctement — au fiston talentueux. Est-ce que cette présence cruciale et ce suivi au quotidien aident un jeune joueur de jeux vidéo ? Forcément. Doué au jeu et accompagné, P4 est un diamant brut qui ne demandait qu’à être taillé pour le haut niveau.

Et qui sera façonné par l’une des meilleures écoles de la vie présente sur la scène : DeathroW. À un tournant de sa carrière, P4 s’engage en mars 2019 dans la structure aux côtés d’anciens joueurs pros en perte de vitesse. Jonathan « Spoken » Nolasco et Christophe « Chaoxys » Soares cherchent des pépites pour les aider à retrouver la Pro League, P4 (accompagné alors de Tanis « Kopp » Sice et Dylan « Dirza » Brigitte) cherche des joueurs expérimentés pour lui enseigner les codes de la scène professionnelle. Le mariage est parfait et tout trouvé.

La gestion du groupe, elle, confiée à Razig Abida, a.k.a DraZ. Vétéran du jeu et ancien coach de line ups passés par la Pro League, ce dernier va très vite « remarquer le potentiel » du jeune dont on lui a beaucoup soufflé le nom - marqué par « le professionnalisme dégagé par celui-ci dès son plus jeune âge », synonyme d’une potentielle carrière envisageable. Il faut dire que le minot a du potentiel. Beaucoup de potentiel. Stratégie, spontanéité et leadership : le cocktail détonnant circule entre le cerveau et les mains de P4, qui va rapidement s’illustrer sur le terrain compliqué du lead in game.

« Côté jeu, il sait tout jouer, car il s’en est donné les moyens. C’est l’un des meilleurs leads in game que j’ai pu voir évoluer » ajoute DraZ. Il n’a pas tort, monstre de polyvalence, ancien Thermite, P4 s’impose dans l’entry fragg tout en prenant les commandes stratégiques de son groupe. Un fait qui semblait plutôt banal lors des premières années du jeu, mais qui s’est vu de plus en plus exceptionnel avec l’évolution de la META. Diriger un groupe, tout en devant se concentrer sur son viseur pour assurer une prise de duels plutôt régulière demande certaines capacités. Et lorsqu’on le fait aussi bien que lui, on peut parler de prouesses.

Très doué individuellement, P4 porte la marque de fabrique des plus grands et est capable d’enchainer les kills. C’est un artiste qui, sans le vouloir en préférant placer le collectif en premier plan, est capable d’alimenter bon nombre de fragmovie. Un jeune entier, jovial, passionné, et déterminé, prêt à franchir les étapes à une vitesse fulgurante. Au sortir des finales de 6 French League, alors que ses coéquipiers et lui viennent tout juste de signer chez IziDream — passant ainsi le cap de la professionnalisation à 19 ans seulement — un seul mot ressort de la bouche des plus grands de la scène lorsqu’on évoque la révélation de la saison : P4. A star is born.

Quelques mois plus tard, après avoir durement échoué en équipe lors de la tentative précédente, il accède enfin à la Challenger League. IziDream sera sacré champion, qualifié en European League et P4 se positionne en tant que dauphin dans la shortlist des joueurs les plus impactant de l’édition. La machine est en route. Pas du tout encline à s’enrayer. Au contraire, on se demande rapidement si le jeune joueur ne va pas rapidement nourrir des ambitions encore plus grandes.

Mais non, la tête bien boulonnée sur les épaules, Nicolas Rimbaud reste avec ses camarades, et parvient en partie à les guider une fois de plus vers les objectifs fixés en début de saison : une stabilité en European League lors du Stage 1 pour des promus à seulement deux points de la place qualificative pour le Six Major. Pendant ce temps, en 6 French League, tout baigne, même si Tempra s’est vu distancé par un BDS stratosphérique, et des Penta qui n’évoluent pas sur autant de tableaux que ses homologues.

Alors ? Quelle suite pour la révélation de la saison 1 sur ce prochain split ? La réponse coule de source : il lui faudra continuer d’incarner la face heureuse du visage de la scène francophone de Rainbow Six, et toucher plus largement l’Europe, puis le monde avec des participations en Major et au Six Invitational. Franchir les paliers et surprendre a systématiquement été son credo, pourquoi cela devrait-il changer ? La réponse est entre les mains du Loirétain qui pourra toujours se reconvertir en cuisto lorsque ses rêves les plus fous auront été accomplis. Pour l’heure, mieux vaut profiter de l’instant présent, comme lui aurait surement suggéré un autre Rimbaud célèbre. Puisqu’après tout, on n’est pas sérieux, quand on a dix-neuf ans.

Chris « Luzi » Lima